Bishop Gregory (hgr) wrote,
Bishop Gregory
hgr

моя рец. на важную книжку по русскому монашеству

1.       Книжные центры Древней Руси. Кирилло-Белозерский монастырь. Отв. ред. С. А. Семячко (СПб.: Дмитрий Буланин, 2008) 497 с.

Centres littéraires de la Russie ancienne. Le monastère de Cyrille du Lac Blanc. </span>

 

   La série « Centres littéraires de la Russie ancienne », établie en 1991, est devenue une addition importante à la série majeure des TODRL. Le domaine de chacun volume de la série est normalement limité de l’un ou l’autre centre littéraire, comme, par exemple, le monastère du S. Cyrille du Lac Blanc dans le volume présent. Ce monastère était le nœud principal de l’activité littéraire dans la Thébaïde du Nord établi par un de ses fondateurs qui était ce S. Cyrille.

Le nouvel volume de la série contient un nombre des études qui seront des jalons importants pour toute la recherche future du monachisme russe et sont de valeur pour compréhension du monachisme chrétien en général.

Le volume s’ouvre par une paire d’articles (ceux de G. M. Prokhorov, p. 3–24, et de S. A. Semjačko, p. 25–71) sur deux traités ascétiques dont l’importance pour le monachisme russe est comparable à celle du Pratique évagrien pour le monachisme ancien, quoique les traités russes se soient concentrés plutôt sur la vie cénobiale. Il s’agit de l’Instruction d’un vieillard à un disciple de Cyrille le thaumaturge du Lac Blanc (Поучение старца ко ученику Кирилла Белозерска чюдотворца), l’objet de l’étude de Prokhorov, qui s’est amplifié, dans la tradition postérieure, jusqu’une œuvre beaucoup plus détaillée L’instruction d’un vieillard à un jeun moine (Предание старческое новоначальному иноку), l’objet central de l’étude de Semjačko qui est maintenant en train d’une recherche magistrale des tous les gerontika russes (les recueils qui s’appellent, dans la tradition russe, Старчество « (Les préceptes) des vieillards »). Les deux traités sont publiés dans les éditions critiques.

On ne saurait que regretter que ces traités ne fussent jamais traduits à une langue européenne afin de les faire connus également au large public et aux spécialistes dans l’histoire du monachisme et la littérature monastique. À ce qu’il semble, c’est une condition sine qua non pour comprendre les traditions spirituelles héritées par les auteurs russes, qui ne sont accessibles qu’à travers les sources byzantines de leur formation monastique. Cependant, la majorité absolue des publications des textes russes anciens ne présuppose point l’indication des sources citées ou sous-entendus. C’est évidemment une tache qui dépasse les forces actuelles des slavistes.

L’édition de L’instruction d’un vieillard donne lieu à quelques corrections et notes que je fais ci-dessous, mais je voudrais, tout d’abord, de traduire un spécimen d’instruction « utile à l’âme » qui nous fera saisir l’esprit du monachisme dans la version du S. Cyrille du Lac Blanc :

« Mais il (te) faut se travailler dans les prières et dans la lecture des livres. Si tu ne sais pas lire, t’occupe-toi de l’ouvrage des mains [рукоделье = χειρουργία]. Car, pour le vrai moine, il n’y a pas de fête dans la vie terrestre [lit., sur la terre], pas seulement la Pâque. Il lui sera la Pâque lorsqu’il arrivera à la repose éternelle. » (Éd. Prokhorov, p. 20 = éd. Semjačko, p. 51, où le texte est à peu près le même).

 

L’article suivant de R. Romanchuk est publié dans la traduction russe de l’anglais [« Le scribe Alexandre-Oleška Palkin et les réformes cénobitiques et pédagogiques sous l’hégoumène Trifon (1430—1440s) : contribution à l’étude de l’éducation monastique orthodoxe », p. 72–93). L’idée de traduire un article académique de l’anglais ne semble pas très fondée elle-même (qui sont ces lecteurs savants qui ne savent pas lire anglais ?), tant plus que le traducteur, dans le cas présent, ne sait pas faire compte de la terminologie monastique russe, d’où provient un monstre новичок au lieu du correct terme послушник à titre de la correspondance au terme « novice » partout dans l’article. L’imperfection évidente de l’article lui-même est rattachement plutôt à l’Oxford Dictionary of Byzantium qu’aux études spécialisées et aux sources sur les traditions monastiques byzantines. Néanmoins, l’article est fort intéressant dans sa partie magistrale. C’est une première étude directe du procès que j’oserais nommer, en utilisant le bon mot de Florovsky, une « pseudomorphose » de la tradition hésychaste russe. Le produit de l’activité de l’hégoumène Trifon était encore bien éloigné des typiques monastères russes postérieurs au Grand Schisme du XVIIe siècle — sans culture littéraire quelconque, sans l’accent sur la prière intellectuelle, avec des énormes labeurs physiques engloutissant tous le temps des uns et avec la vie paresseuse pour les autres… Il s’agissait, chez Trifon, d’un changement d’une culture littéraire à l’autre : au lieu de la littérature ascétique et concentrée sur la prière, on a introduit la lecture des œuvres consacrées aux matières théologiques générales ou même connaissances séculières. D’ailleurs, dans les temps nouveaux, nous rencontrons la même culture littéraire dans les milieux des vieux croyants : le répertoire de la littérature byzantine, aisément reconnaissable à travers des coloris locaux, mais toute la tradition de l’esprit « philocalique », c.à.d. de la prière dite intellectuelle et de l’acquisition des vertus « théoriques » étant amputée.

Un autre héros important du volume présent, c’est le moine Efrosine (Euphrosynos) du monastère du S. Cyrille du Lac Blanc, un célèbre scribe de la seconde moitié du XVe siècle. A. G. Bobrov propose, dans un long article (p. 94–172), l’identification de ce moine avec le prince Ivan Dmitrievitch Šemjakin qui était le fils du prince Dmitrij Šemjaka de Novgorod (empoisonné en 1453 par le grand prince de Moscou Basile l’Aveugle) et l’arrière-petit-fils du prince Dmitrij de Don, le vainqueur sur le champ de Koulikovo. Nous ne sommes pas en position d’évaluer cette hypothèse entrainante, mais, en tout cas, elle présuppose une discussion détaillée des plusieurs aspects historiques de la vie monastique de la Thébaïde du Nord dont les connexions avec la réalité extérieure ne sont pas toujours claires. Deux articles suivants sont consacrés également à Efrosine. M. A. Šibaev a découvrit quelques ses autographes nouveaux (p. 173–182) et I. V. Fedorova a décrit et publié un petit itinéraire dans la Terre Sainte et l’Athos préservé dans un autographe d’Efrosine (p. 183–192).

L’article de I. M. Gricevskaja « Le système de textes pour la lecture cellulaire dans les monastères du S. Cyrille du Lac Blanc et de la Trinité et S. Serge et les indices des livres vrais » (p. 193–210) contient une publication de la liste des livres « vrais » et « faux » composée par le disciple de Nil de Sora Gourij (Gurias) Toušine au tournant des XIVe et XVe siècles. D’après Gricevskaja, les hésychastes des générations du S. Nil et ses disciples directes essayaient d’établir un nouveau standard du système littéraire englobant la tradition déjà établie vers le XIVe siècle et les traductions apportées par la soi-disante seconde influence sud-slave, tout en préservant, bien sûr, l’accent sur les instructions pour la vie spirituelle.

S. A. Semjačko a publié un article très détaillé sur le contenu des Gerontika russes, les recueils qu’on appelait Starčestvo (p. 211–296). Ces recueils sont, pour la plupart, composés des traductions du grec, quoique avec quelques insertions russes. C’était l’instrument principal de la formation ascétique qui englobait les règles extérieures de la vie monastique aussi bien que la pratique de la vie spirituelle. Dans ses publications récentes, mais surtout dans cette œuvre magistrale Semjačko fournie la base nécessaire aux futures étudiants des traditions monastiques russes dans leur contexte byzantin.

Les autres articles du volume sont les suivants (les titres sont traduits du russe par moi-même, les résumés en langues européennes ou, du moins, la table des matières étant absents) :

B. Bil’djug, G. M. Prokhorov, Dioptra de Philippe Monotropos, le Logos 2, d’après le manuscrit du monastère du S. Cyrille du Lac Blanc au premier quart du XVe s. (p. 297–351) [continuation d’un long projet ; les Logoi 1 et 3 ont été publiés déjà en 1987],

Tch. Kh. Tchoj, Sur le nouvellement trouvé manuscrit de la « Sermon sur les princes [Boris et Gleb] » (XIIe s.) (p. 352–363, avec la publication du texte),

Ju. Mikhno, À propos de la place du manuscrit du monastère du S. Cyrille du Lac Blanc du « Livre contre les hérétiques » de Joseph de Volokolamsk dans l’histoire du texte de sa recension courte (p. 364–395, avec l’editio princeps de cette recension que l’auteur tient pour la plus ancienne),

T. B. Karbasova, Cyrille du Lac Blanc et Cyrille du Lac Nouveau (p. 396–410, sur les influences mutuelles entre les dossiers hagiographiques),

T. F. Volkova, La Vie de Cyrille du Lac Blanc dans le Torzhestvennik [homiliaire festal] d’Ust’-Cil’ma. (Contribution à l’étude de l’héritage manuscrit du scribe I. S. Mjandine de Petchora) (p. 411–421, Mjandine était un célèbre scribe vieux-croyant du XIXe siècle, un représentatif de « la Rus’ après la Rus’ »),

E. A. Ryžova, Le motif de sujet « Choix de la place pour la fondation du monastère au moyen des signes miraculeux » dans l’hagiographie de la Russie du Nord (« Voix-Lumière ») (p. 422–440),

A. E. Kosickaja, Le manuscrit de la Vie de Savva [Sabbas] de Storoževsk fait pour le monastère du S. Cyrille du Lac Blanc et la tradition manuscrit du texte (p. 441–454),

B. N. Morozov, « L’arrivée au monastère de Cyrille » de Iona [Jonas] de Solovki (p. 455–461, avec l’editio princeps de l’instruction, écrite au premier quart du XVIIe siècle, à un moine qui va dans le monastère pour une visitation),

E. M. Jukhimenko, Les monastères du Nord de Russie et celui du S. Cyrille du Lac Blanc parmi les intérêts des scribes de Vyga [important centre littéraire des vieux croyants dans le XVIIIe s.] (p. 462–471),

O. A. Belobrova, Sur les recueils manuscrits provenant du monastère du S. Feraponte [Pherapontos] (p. 472–476, un plus petit mais pas moins célèbre monastère près de celui du S. Cyrille du Lac Blanc),

A. G. Sergeev, La bibliothèque du monastère du S. Kornilij [Cornelius] de Komel’sk : problèmes de reconstruction (p. 477–492).

 

Supplement

 

Quelques notes sur la publication de L’instruction d’un vieillard à un jeun moine [éd. Semjačko]

 

1.        Données pour la préhistoire du Psautier avec les acolouthies (Следованная псалтирь).

Le psautier liturgique normalement contient l’horologe, mais, dans la tradition slavonne, ce livre est devenu beaucoup plus amplifié dès le XVIe siècle. L’instruction fait l’usage de quelques articles qui entreront dans le Psautier. Un conseil, après les prières « pour ceux qui vont coucher », de placer au lieu du chevet une pierre « au nom du Christ » et de subir, s’il en est besoin, le froid, « …car certains ne dorment point » est tiré d’une pièce dont une citation plus large se lit dans notre Instruction, p. 58 (les limites exactes de la citation ne me sont pas claires). La première prière du matin actuelle (Боже, очисти мя грешнаго…) se lit, dans l’Instruction, comme la prière qu’on doit dire après chaque heur de la psalmodie cellulaire (p. 65).

2.        Problème d’indication des sources.

Malheureusement, en ce qui concerne l’indication des sources, la publication suit les pires standards russes, pour ne pas dire « soviétiques », car même les citations bibliques ne sont pas indiquées. Parfois cela nuit à l’éditeur lui-même qui ne sait pas où fermer les guillemets lorsque le texte introduit une citation explicitement. Ainsi, la citation du Luc 17,10 « lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (tr. FBJ) est rompue par le guillemet posé incorrectement après la phrase « nous sommes des serviteurs inutiles » (p. 55). Les citations et les allusions bibliques introduites implicitement ne sont reconnues ni même marquées jamais, même dans les cas des citations verbales. Les exemples sont assez nombreux, mais je me limite d’un, où la citation biblique pas reconnue, Ps 73/74,16 « à toi le jour, et à toi la nuit » (tr. FBJ), est citée, à son tour, au-dedans d’une citation plus ample et pas reconnue non plus de l’apophtegme Sy gr X, 152 = N 230 (98) = X, 139 de la traduction russe de la Collection systématique (p. 69 ; l’éd. critique du texte grec d’après la Collection systématique : J.-C. Guy, Les apophtegmes des Pères. Collection systématique. Chapitres X-XVI (Paris, 2003) (SC 474) 114/115–116/117).

3.        Points mineurs.

и манасию (p. 54, l. 4 d’en bas) : le nom propre, Manasse, n’est pas reconnu ; il fallait écrire du majuscule, Манасию ;

аще ли [variante : ли ни] то всуе трудишися (p. 61, l. 7 d’en bas) : la lecture correcte est celle de la variante, c’est qu’il fallait noter dans l’apparat.

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